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mercredi 23 mai 2012

Lala Jean Pierre Lestrade BILLYBOY* & LALA, « MAISON MDVANII » Œuvres choisies 1989-2012 Artsenal, Delémont.

Lala Jean Pierre Lestrade BILLYBOY* & LALA, « MAISON MDVANII » Œuvres choisies 1989-2012 Artsenal, Delémont. Pour leur huitième exposition en Suisse, le couple d’artistes BillyBoy* & Lala investit l’espace ARTSENAL à Delémont, capitale de la République et du Canton du Jura, où ils ont élu domicile depuis bientôt une année. Cette nouvelle exposition intitulée « Maison Mdvanii » (prononcer Mid-vah-ni » indique le flyer) du nom de leur égérie qui fut la première poupée de modes créée uniquement pour les adultes en 1989 et qui a aussitôt évolué en un discours artistique multiforme. L’affiche de l’exposition rend hommage au célèbre illustrateur René Gruau qui immortalisa dans son style reconnaissable entre tous, la silhouette de Mdvanii et ses couleurs fétiches : le noir , le turquoise, le blanc et le rouge de ses lèvres. « Cette exposition est une manière de carte de visite : comme nous avons choisi de nous établir définitivement à Delémont avec entre autre le projet d’y créer un musée, nous avons voulu présenter un petit aperçu de notre production artistique personnelle qui s’étale sur près de quarante années » déclarent les artistes. « Le titre Maison Mdvanii est une référence à clefs multiples : - à la maison de haute couture parisienne tout d’abord, institution historique mythique et univers iconique qui est à l’origine de la collection de BillyBoy* et de la genèse de Mdvanii, poupées de modes haute couture à ses débuts . - au mouvement américain du Vogue-ing (que l’on a aussi appelé « Ballroom Culture») inventé par les drag queens aux USA , typique de la culture afro-américaine et latino des années 80 et 90, avec leurs défilés parodiant l’élégance française dans une surenchère d’attitude « fierce » et leur corrélatif de DJs, de musique nouvelle « techno et électro » - enfin à la maison au sens propre du terme. De fait, nous avons choisi d’y installer nos meubles et objets personnels et de les peindre en blanc pour une scénographie tout à fait surprenante. » Ce décor à la fois futuriste et surréaliste s’impose comme une réflexion sur l’accumulation et le devenir des objets survivants à tant de déménagements, ayant tous appartenu aux artistes : table et chaises Art-Déco, tapis, fauteuils de style, canapé, lit de repos, vieille radio à ampoules, lampadaire, livres, chapeau, cannettes de boisson énergétique, bouteilles de Coca Cola ou de Champagne : tout est peint en blanc mat .« Chacun de ces objet incarne un fragment de notre vie. Très souvent, les meubles et objets ont eu une histoire avant nous et quelquefois en auront une après, car presque tout finit au marché au puces un jour ou l’autre. Ceux-là ne servent plus à rien, il sont simplement devenus des œuvres d’art ». « Les objets attendent simplement leur heure, ils ont tout le temps devant eux. Ils sont votre miroir » dit Lala, qui ajoute : « Il y a même mon chapeau fétiche et le tablier que j’ai utilisé pendant trente années, magnifiques ! » Et voilà donc un « mdvaniiisme » (attention trois « i » !) : « Le mdvaniiisme c’est la version 21ème siècle d’un ready-made de Marcel Duchamp, mais en mieux. » dit BillyBoy*. Pourquoi ? « Un mdvaniiisme n’est pas un objet impersonnel comme la fameuse cuvette de wc de Duchamp rendue stimulante intellectuellement par le coup de baguette magique de son génie provocateur. C’est, au contraire, un concept en relation avec Mdvanii ou ses pygmalions que nous avons « glamorisé », comme Wiccanisée, que l’on prête ou non des vertus à la magie blanche ». De fait, chaque objet présent dans cet espace, détourné de son utilité originale, comme des ossements blanchis au soleil, semble avoir accédé à un no-man’s land ou paradis blanc qui lui confère une dimension métaphysique : il devient pour les artistes « un objet de désir, chargé de sens, qui sert à la fois d’écrin et de faire-valoir au monde onirique de Mdvanii, la muse, l’inspiratrice ». George Braque a dit « Tous les ismes sont des constructions ». Ainsi chaque objet de cette scénographie devenu un mdvaniisme acquiert la même valeur artistique et symbolique aux yeux des artistes que les oeuvres elles-mêmes : sculptures, photographies, tableaux, sérigraphies, bijoux qui ont jalonné leur imposante production artistique. Les photographies mettent en scène les poupées qui quittent ainsi leur statut de sculpture pour prendre la pose, ou plutôt des poses, troublantes d’humanité et d’une allure folle. Elles font écho aux photographies de mode de vêtements de haute couture d’Elsa Schiaparelli de la collection personnelle de BillyBoy*, portée par des personnalités d’aujourd’hui : Elena Montessinos, Caroline Vitelli, artistes genevoises, le designer Laurent Mercier (the « tailleur girl ») ou Celia von Bismark, la regrettée ambassadrice de la Croix Rouge. Cette idée de BillyBoy*, qui ferait pousser des hauts cris à tout conservateur de musée, transpose l’essence même de la haute couture (puisque l’on oublie trop souvent qu’elle était faite sur mesure pour des femmes toutes différentes et non des top models de podiums). Ces tenues historiques au grand chic mondain d’avant-guerre y gagnent une stupéfiante modernité. Les visiteurs qui ne connaissent pas encore l’univers de BillyBoy* & Lala seront étonnés par le dynamisme et l’étendue de leur créations. Les autres y retrouveront le fil de la continuité qui relie leurs expositions. Comme le temps de celle-çi est très court (trois semaines, et elle se terminera en même temps qu’Art Basel), attention à ne pas oublier cette carte de visite sur votre guéridon design qui n'est, hélas, pas un mdvaniiisme. Louis-Ferdinand Reversi, Fondation Tanagra

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